Y a un nouveau mag de JDR, paraît-il…

Y a un nouveau magazine de JDR. Et ça a l’air d’emmerder beaucoup de rôlistes. L’offre pléthorique, c’est manifestement Mal. Moi, j’en ai plein le cul des gens qui râlent de cette façon. Sérieusement. Tu vois des mecs qui postent à longueur de journée des statuts sur l’égalité, l’ouverture d’esprit, la fraternité et l’esprit de communauté, parfois avec de jolis citations et des paysages zen en arrière-plan, et il suffit qu’un nouveau venu vienne frôler leurs plates-bandes pour qu’ils poussent des cris d’orfraie. La fraternité et l’ouverture, OK, mais entre nous, alors. Si un nouveau venu se présente, soit il nous rejoint, soit il reste dans son coin à écrire son blog crasseux, mais qu’il fasse un nouveau magazine ? Pas question. Y a plus la place. On est déjà là.

Parfois, les mêmes gens qui s’insurgent contre les reboots et l’oligarchie de certains milieux sont prêts à balancer des arguments pétris de mauvaise foi pour défendre leur petite chasse gardée dans la niche rôlistique (ou dans d’autres) : on était là avant, on a eu ces idées en premier, alors pas question que quelqu’un vienne les reprendre… les voler, même ! Et peut-être voler les ventes qui vont avec, parce que vous voyez, avec tous ces produits, le rôliste achète à tout va, il dépense tous ses sous. Pas le rôliste qu’on connaît, hein ! Non, nos copains rôlistes, c’est les BONS rôlistes, ils achètent que du bien, ils sentent bon et ils ont bon goût (c’est à dire à peu près les mêmes que nous). Mais y a tous ces connards qu’on voit jamais, ceux qui sont prêts à acheter la merde des AUTRES, ceux qui ne sont pas comme nous, ceux qui nous ont piqué nos idées exclusives à nous qu’on avait, ah putain si seulement on avait pensé à mettre un copyright dessus ! (Games Workshop nous avait pourtant donné le bon exemple en la matière, mais eux, c’est rien que des pourris qui exploitent les vaches à lait de figurinistes, alors ça compte pas, et de toute façon, j’achèterai pas le prochain Warhammer, faut pas y compter… enfin, sauf s’il me plaît). Ces salauds-là, ils ont aucun discernement, rien. Mais si on pouvait leur refourguer les trucs qu’on a à vendre, ce serait quand même pas mal. Pour leur bien, hein. Ca les éduquerait. Et pis nous, ben ça nous ferait un peu de sous pour pratiquer en toute modestie notre noble passe-temps, en toute discrétion, entre gens de bon goût. Mais qu’ils viennent pas nous pourrir notre groove en nous sabotant notre belle créativité à nous qu’on a et en faisant des trucs qu’on n’aime pas : ça ne se fait pas, c’est tout. 

Je vais vous donner LE secret de la créativité. Stephen King, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, l’a exprimé d’une façon élémentaire. Quand on lui demande comment il arrive à écrire de tels romans, il répond tout simplement : « un mot à la fois. » Chaque mot est un accouchement douloureux. Un travail. Des idées, tout le monde en a. Tout le monde. Votre voisin qui crève de frustration parce qu’il ne s’est jamais réalisé en tant que créatif a peut-être déjà eu l’idée d’un roman qui aurait changé la face du monde, peut-être autant que le cycle de Harry Potter par J.K. Rowling. Mais à la différence de Rowling il ne l’a pas écrit. Voilà la différence. Rien ne vous dit que votre voisin, en fait, n’est pas un putain d’écrivain surdoué qui aurait retourné le monde littéraire cul par-dessus tête.

Des idées, tout le monde en a, et quand elles sont bonnes, tout le monde a les mêmes, parce qu’elles correspondent à l’état de la société, de la culture, à l’instant T. C’est la réalisation des idées en question, leur matérialisation, qui fait toute la différence. Vos idées ne valent rien – excepté la satisfaction personnelle que vous en retirez – tant qu’elles restent cloîtrées entre les parois de votre crâne. Et lorsque vous vous déciderez à les expectorer, à les vomir, à les coucher sur le papier, à les capturer dans un écran ou sur une partition, elles ne vaudront guère plus. C’est le travail que vous y aurez investi, votre talent et la perception qu’en aura votre public qui détermineront leur véritable valeur en tant qu’objet social, et si c’est votre objectif, en tant que *produit*. Parce qu’une idée, c’est une matière première, pas un objet/produit fini. Et croyez-moi : vos idées super originales, vos coups de génie… quelqu’un les a déjà eus avant vous. Plusieurs fois. À vrai dire, il y a de grandes chances pour que parmi ces quelqu’un, certains les aient déjà matérialisées. Et se soit fait des couilles en or avec. Juste un exemple : regardez tous les jeux méd-fan qui existent sur le marché. 90% (au moins) d’entre eux partent exactement du même principe, vu et revu, sans la moindre originalité excepté quelques « nouvelles races » ou un continent en forme de bite pour faire un peu fun. À cet égard, même Game of Thrones est une compilation de poncifs : c’est leur traitement qui change tout.

Du coup, ces hurlements du genre « ohlala, c’est une copie de Machin-mag ou de Trucmuche-journal » qu’on entend quand paraît un mag de JDR inédit, ça n’a strictement aucun sens. Attendez, un magazine de JEU DE RÔLE QUI PARLE DE LOVECRAFT ? Trop original, l’idée ! (Vous êtes sûr qu’ils ne vous l’ont pas piquée ?) Avec un jeu de rôle inédit dedans ? Non mais OU vont-ils chercher tout ça ? Et finalement : « Ce magazine n’apporte rien de neuf ! » Dans la mesure où on ne l’a pas encore lu, ça reste à voir. L’idée d’un mag de JDR n’a rien d’original. Sa réalisation n’a pas énormément de chances de taper dans l’inédit ahurissant non plus. Ne reste plus que la pertinence des articles, leur style… et plein de choses extrêmement subjectives.

Ce qui me perturbe profondément, c’est de constater que dans le monde de la création rôlistique, tant de gens sont prêts à claquer la porte au nez des nouveaux venus plutôt que de les accueillir à bras ouverts. Ces nouveaux venus vont se heurter aux réalités de la création, ils vont en prendre plein la gueule de la part du public chaque fois qu’ils trébucheront, ils marchent déjà sur des oeufs avec des sandales de plomb… Un peu de soutien de la part du « milieu » prouverait que le « milieu » en question n’est pas un « Milieu » genre accent italien et tête de cheval sous les draps. C’est à croire qu’ils font peur, ces nouveaux venus, ces salauds qui viennent bouffer le pain des vrais rôlistes, ceux qui se sont installés et qui n’ont pas trop envie de se lever, parce qu’à les entendre, le milieu rôlistique n’est pas un marché en expansion, mais une partie de chaises musicales.

Alors voilà. Longue vie et prospérité aux magazines de qualité. Les nouveaux ou les anciens, peu importe. Je ne sais même pas si je lirai celui-là (pour tout dire, je n’en lis aucun, car depuis que j’ai arrêté Mad Movies je ne lis tout simplement AUCUN magazine d’aucune sorte), mais j’y jetterai déjà un coup d’oeil. Vous devriez en faire autant, avec l’esprit ouvert. Si ça se trouve ce sera de la merde. Ou des articles calqués sur ceux des autres. Dans ce cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire : même pas la peine de baisser le pouce comme dans l’arène, il suffit de ne pas acheter, de ne pas lire, de ne pas en parler. Et si vous pensez que vous pouvez faire mieux, que vous écriviez déjà en pro ou que vous soyez simple « amateur éclairé », foncez écrire, créer, jouer. Mais ne fermez pas la porte.

PS : et pour finir, une splendide citation que je pique à Tom Artigue-Cazcarra : « Pourquoi les intrigues de bureau sont elles si violentes ? Parce que les enjeux sont insignifiants… »

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13 réflexions sur “Y a un nouveau mag de JDR, paraît-il…

  1. le « monde » rôliste dans tous ses états 🙂 … C’est tous les deux mois qu’il y a un scandale, non? Ou c’est trimestriel? Je ne sais plus trop, avec tous ces médias sociaux. Ta citation de fin d’article résume bien le bazar, et c’est pour ça que je filtre les affaires liées au loisir via Kerlaft et autres gens positifs, ça enlève la (bêtise) crasse de cette communauté rigolote.

  2. pourquoi tant de haïne? Il est possible de se pauser des questions sans être un affreux connard. Et c’est pas une question d’exclusivité d’idées (change de groupe de discution, vraiment…).
    Et sinon pour les jeux med-fan, ton analyse ne se base pas sur grand chose.

    Bref, evite de genre de discourt, ça n’aide pas ton propos, et c’est aussi mauvais que ce que balancent les rageux sur certains forums 🙂

      • C’est possible. Mais j’ai dit ce que j’avais à dire, et expliqué la situation telle que je la vois. Ca n’a pas vocation à être un pavé dans la mare : ce blog n’est pas très lu, c’est juste l’endroit où j’exprime ce que je pense, et j’avoue que si les témoignages positifs me font plaisir, le reste m’est presque indifférent. À force d’observer les querelles de clocher sans rien dire, au bout d’un moment, il faut que ça sorte. Je vais sans doute couper pas mal de « canaux » internet pour ne plus avoir à lire et à entendre le genre de truc qui m’a fait réagir de façon viscérale. Je crois que j’ai eu mon compte de tempêtes dans un verre d’eau. Je vais aller prendre l’air, assez longtemps je pense.

    • Il est possible aussi de faire un effort sur l’orthographe. Quand on donne des conseils aux autres, faut être irréprochable Artemis. Là, on croirait un ado attardé.

      • Keep cool, bulldog. Il ne faut pas trop attacher d’importance à l’orthographe et à la grammaire tant que la phrase reste compréhensible. Le message était clair, c’est l’essentiel (et la critique d’Artémis ne portait pas sur ma propre façon d’écrire, donc c’est pardonnable). Aimez-vous les uns les autres, bordel ! 🙂

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