Craquage !

 

Après une période de taf assez (trop) intense, j’ai eu le malheur de faire un tour dans une librairie, et là… craquage. Je suis tombé sous le charme de quelques beaux ouvrages. J’en ai déjà lu trois, dont les pages m’ont littéralement filé entre les doigts (d’autant que je suis en vacances et que pour une fois, je lis pour le fun et non pour débusquer pétouilles et autres erreurs de syntaxe…). Compte rendu des opérations.

 

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Une couv’ qui fleure bon les eighties !

Rockyrama Vidéo Club

Je ne connaissais pas Rockyrama (nul n’est parfait), mais quelle belle découverte que ce bon petit bouquin format magazine (épais, quand même, puis qu’il présente 101 films sur environ 220 pages). Fans de cinéma décomplexé (mon genre préféré…), voici 101 « critiques » de films, ou plutôt 101 incitations au visionnage : une liste des 101 films les plus jouissifs à voir et revoir entre potes, avec bière, pizza et… cerveau. Car décomplexé ne signifie pas décérébré : Jackass the movie voisine avec (surprise !) Waterworld, mais aussi avec Stand by me et 2001… Certes, le ratio films d’action/biopics de philosophes joue plutôt à l’avantage des premiers (je déconne, y a pas de biopic), et on est face à une sélection presque 100% testostérone. Chaque article est un grand cri d’amour pour un film, et que l’on partage l’opinion des auteurs ou pas, beaucoup donnent envie de découvrir les œuvres qu’ils encensent (j’ai vu 50 des films cités et il y en a au moins une trentaine qui me font de l’œil parmi ceux que je n’ai pas vus… et que je connais tous au moins de nom).

Ce qui m’a un peu attristé, c’est que j’ai retrouvé dans cet ouvrage l’esprit qui, à mon sens, a disparu de Mad Movies, le mag que je lisais depuis… merde, pas loin de 25 ans, et que j’ai abandonné l’année dernière.

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Une maquette euh… ben elle est claire, au moins. (Photo non contractuelle, et notamment : pouce non fourni avec l’ouvrage.)

Des défauts ? Un gros : finalement, sachant que la maquette est carrément fainéante (critique page de gauche, jaquette page de droite), on a finalement assez peu à lire dans cet ouvrage qui coûte 30 euros… Si on adhère à l’esprit, le jeu en vaut la chandelle, mais essayez avant d’adopter : ouvrez le bouquin au pif et lisez une critique. Même si toutes ne se valent pas, le ton reste assez uniforme pour qu’on se fasse une idée en une page.

C’est édité grâce à My Major Company donc c’est surtout une œuvre de passion, et on pardonnera facilement les défauts ! (Et il y a le petit logo Incubateur de la fin du monde à la fin, ce qui n’est pas loin d’être un gage de qualité.)

 

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Un livre qu’il est bien pour le lire

Doctor Who – Les Archives

Coup de cœur absolu pour ce bouquin, qui a quant à lui une première qualité : un rapport qualité-prix assez exceptionnel. 35 euros pour un gros bouquin avec papier glacé et surtout, une iconographie à tomber.

Attention : ce livre parle de la série depuis ses origines (les années 60) et les dernières incarnations du Docteur (depuis Christopher Eccleston) n’y occupent finalement qu’une petite portion finale. Mais pour ceux qui s’intéressent au phénomène Dr Who dans son ensemble, ce bouquin est une mine d’infos, d’anecdotes et surtout de photos absolument éblouissantes. Photos de tournage, d’accessoires, d’objets dérivés, de courriers de production… De ce point de vue, c’est sans doute l’ouvrage le plus réussi qu’il m’ait été donné de lire sur une série télé, bourré à craquer de photos pertinentes et souvent splendides.

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Une iconographie à tomber. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé en prenant la photo, d’où le cadrage en free style.

Le texte n’est pas en reste, avec une particularité : l’ensemble est organisé de façon chronologique, mais aussi thématique. Le texte est clair et passionnant pour ceux qui, comme moi, aiment connaître le processus créatif d’une série. Ceux qui veulent connaître tous les détails sur tout resteront peut-être sur leur faim, toutefois, car nombre d’éléments ne peuvent qu’être évoqués, compte tenu de l’extraordinaire longévité de la série.

Bref, un beau livre fascinant édité chez Akiléos, qui aligne d’excellents choix éditoriaux puisque…

 

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« Dis Georgie, pourquoi que tonton Owen et tata Beru sont tout noirs et tout grillés ? »

Star Wars – Le Making Of

… puisque c’est aussi chez Akiléos que sont sortis les Making Of de Star Wars et de L’Empire contre-attaque, de Rinzler (celui de l’Empire est d’ailleurs sorti en premier).

Gros bouquin, voire énorme. Plus de 300 pages, à un format démesuré, ce qui ne facilite pas la lecture, d’autant que la police de caractère est très petite et le texte extrêmement dense. Ce sont les seuls défauts de cet ouvrage magistral, qui contient des images splendides de chaque étape de la création du film.

Il y a quelques années, j’avais décroché de Star Wars (comme je l’expliquais dans mon article sur le JDR), et j’en avais même conçu un certain mépris pour George Lucas, l’homme qui n’en finissait pas d’exploiter son public, le mauvais réalisateur, le « type aux effets spéciaux »… Des âneries du genre « Lucas avait tout planifié bien avant de tourner le premier film, y compris tous les rebondissements » me confortaient dans ce dédain que l’auteur de Star Wars ne méritait pas. J’avais lu aussi, ici et là, des commentaires assez péjoratifs sur le processus créatif chez Lucas, qui, par exemple « ne donnait pas suffisamment d’informations sur tel ou tel personnage », qui « ignorait quelle était l’histoire de tel personnage », etc.

Ce Making Of extrêmement détaillé remet toute la création du script de Star Wars en perspective. Il s’agit d’un véritable travail d’archive, fouillé et documenté, qui ne se contente pas d’aligner les poncifs du genre « Lucas avait lu Le héros aux mille visages de Campbell et il a calqué son histoire sur le périple du héros ». L’auteur s’attache à présenter le synopsis d’origine du film, ainsi que chaque nouvelle version, en y pointant les modifications apportées par Lucas, qui le remaniera jusqu’en cours de tournage (où il devra longuement expliquer à Alec Guinness pourquoi Ben Kenobi, censé survivre jusqu’au bout, doit succomber dans l’Étoile Noire).

On est très loin de « la légende dorée de George Lucas et d’ILM », puisque les nombreux couacs qui émaillèrent la genèse et la production de Star Wars sont mentionnés : le formidable retard d’ILM pour la réalisation de certains effets spéciaux, le nom du principal protagoniste (Skywalker) qui change en plein tournage, Mark Hamill rappelé pour refaire un enregistrement sonore alors que le film était déjà sorti (il s’agissait d’enregistrer des répliques pour la version mono, dont le mixage n’était pas achevé), etc. Très loin aussi l’habituel concert dithyrambique des « effets spéciaux révolutionnaires » (ils ont en réalité laissé froids beaucoup de professionnels de l’époque). En fait, Rinzler insiste sur une chose : la vision de Lucas.

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Tu aimes les films de gladiateur ? Tu as déjà vu des messieurs torse-poil qui bricolent des droïdes ?

Oui, ça fait légende dorée quand même, mais une seconde, j’explique. Dès le début, Lucas a une vision, ou plutôt un « ressenti ». Se sachant mauvais scénariste (et mauvais dialoguiste), il mise énormément sur la structure, l’organisation des plans, des couleurs, le montage final… Il laisse une grande latitude à ses divers collaborateurs, confiant chaque étape à des professionnels et tentant de leur communiquer cette fameuse vision… mais vraisemblablement incapable de faire leur boulot à leur place. Oui, la contribution de Lucas s’est limitée, par moments, à « donner une direction » puis à « choisir entre les modèles qui lui ont été présentés ». Mais c’est précisément ce qui est énorme.

Les dernières pages contiennent des extraits de story-board ainsi qu’un document exceptionnel : George Lucas, en 1977, parle des personnages principaux de Star Wars et en révèle un peu plus sur leur passé. Il est évident qu’il n’envisage pas Vador comme le père de Luke et Leia, il parle déjà des midichloriens (ben ça alors !), et explique que C-3PO a 112 ans et qu’il est né sur une chaîne de fabrication, puis qu’il a rencontré D2 plus tard…

Le fameux mythe de « Lucas savait tout dès le début » en prend plein la tronche… quoique. En fait, Lucas a des idées fortes, et il est passé maître dans l’art de les recycler, de les affiner, de les tordre jusqu’à ce qu’elles se conforment, justement à cette fameuse vision.

À force de lire tous ces récits qui criaient au génie de Lucas, j’avais plutôt envie de crier à l’arnaque… jusqu’à ce que je lise ce livre. Lucas n’est pas un génie. C’est un bosseur, un type qui s’est investi dans son œuvre au point de friser la crise cardiaque, et qui a « cent fois sur le métier remis son ouvrage ». D’un brouillon dense mais laborieux, il réussit au final à tirer un chef d’œuvre d’élégance formelle, un scénario limpide et efficace, et une œuvre qui va marquer la culture mondiale.

Attention, livre dense : tous les aspects de l’élaboration du film sont passés en revue… avec quelques manques, cependant. Il accorde par exemple énormément de place à Anthony Daniels et zappe presque entièrement la contribution de Kenny Baker, mais mentionne cependant que les deux ne s’entendaient pas vraiment. Du reste, l’auteur n’hésite pas à mentionner, justement, les frictions qui ont pu freiner le développement du film, ce qui est tout à son honneur.

Bref, un bouquin indispensable à ceux qui veulent vraiment connaître l’histoire de Star Wars. Le livre coûte 55 euros, et il les vaut largement. C’est un bel objet, mais aussi une somme formidable sur une des œuvres fondatrices de la culture geek.

 

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Une réflexion sur “Craquage !

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