Joyland – Stephen King

joylandJe m’étais bien promis de lire au moins un livre par semaine – et de le chroniquer – cette année, mais j’ai failli à la tâche… pour le moment. Même si je n’ai pas rédigé de chroniques pour certains bouquins que j’ai lu, je n’ai pas complètement abandonné la lecture ces derniers mois, tant s’en faut ! J’ai bouquiné du jeu de rôle, des comics (énormément), des trucs sur les séries télé et l’écriture de scénario…

Mais je n’ai pas eu l’impression de lire. Ben ça alors !

Il paraît que certains sportifs, lorsqu’ils interrompent leur activité physique, même temporairement, subissent un effet de « manque » semblable à l’addiction aux drogues. On sait que le sport pratiqué régulièrement provoque une libération d’endorphine, et donc un bien-être physique d’origine (en partie) physiologique. La lecture me fait exactement le même effet. C’est avant tout un effet libérateur, l’affranchissement des contraintes remplacé par un investissement total dans une réalité différente. Quand un lecteur vous dit qu’une fois plongé (remarquez ce vocabulaire désormais très convenu, mais qui définit très précisément un état d’immersion totale…) dans un roman, il se coupe de la réalité, c’est vrai.

Entrer dans le monde du roman, c’est rompre avec les responsabilités, les ennuis, l’angoisse… Dans notre expérience, rien n’est plus proche du « voyage astral » que la lecture : sortir de ses perceptions et se laisser bercer, dans un état second, par la voix du narrateur…

Les bouquins de Stephen King me font cet effet, à quelques exceptions près (comme le très naze Les Régulateurs). J’ai été élevé au Stephen King comme certains sont élevés aux matchs de foot : à partir de mon adolescence, la sortie de chacun de ses bouquins est devenu un rituel, et pas qu’un rituel solitaire, puisque j’ai eu l’occasion de partager cette passion avec des amis aussi accro que moi. Et s’il m’est arrivé de laisser tomber le King quelques années, au gré des aléas de la vie, j’y reviens toujours.

Je n’ai pas envie de disséquer la fascination qu’exerce Stephen King sur moi. J’ai déjà essayé, et comme je l’ai dit plus haut, il s’agit aussi, en partie du moins, d’un phénomène d’addiction d’où l’objectivité est absente. Comme le gosse fasciné par le tour de passe-passe du prestidigitateur, j’ai envie de connaître le « truc », mais en sachant qu’une fois investi de ce savoir, la magie aura disparu. Je préfère donc rester dans l’ignorance et la béatitude.

Joyland est (maladroitement) vendu comme un roman d’horreur, l’argumentaire de certains sites évoquant même les clowns malveillants à la Ça, alors que dans ce livre, d’horreur il n’est – presque – point question. Quasiment pas de description gore sauf un léger glissement en fin de volume, mais une étude de personnage simple et efficace, sur le thème des premiers amours. Certains arrivent à faire du chiant avec de l’authentique, du crétin avec du sentimental… Stephen King, lui, en reste aux bases : de l’efficace avec du simple.

À l’approche de l’été, dans les années 70, Devin Jones connaît les affres de sa première rupture, et va noyer son chagrin dans le travail au sein d’un parc d’attraction de Caroline du Nord, Joyland. Le thème de la rupture reste présent tout au long de ce court roman : on ne pourra pas accuser cette fois le King de souffrir d’une nouvelle crise de diarrhée verbale ou littéraire. Chacun des actes du protagoniste est mesuré par rapport à cette situation, et son obsession (qui perdure des décennies après) reste présente d’un bout à l’autre de l’ouvrage. La présence très discrète du fantastique et l’histoire « policière » restent en retrait. Ces éléments ne sont là que pour enrichir la personnalité de Devin et le rendre plus crédible et plus humain.

Joyland n’est pas un grand roman. En le refermant, j’ai eu l’impression d’avoir terminé une grosse nouvelle, mais c’est sans doute dû en partie à son format, relativement léger pour un bouquin du King. Ce n’est pas un grand roman, mais c’est une putain de bonne lecture. Et entre la fascination intellectuelle liée à l’étude de la grande littérature et le plaisir immédiat que procure le roman « de divertissement », j’ai fait mon choix il y a quelques décennies. La littérature (et l’art en général) m’emmerde, et le divertissement m’éclate. Non, Joyland n’est pas un grand roman. Ça ne l’empêche pas d’être un des meilleurs. Il me fait beaucoup penser à ces comédies de mœurs américaines au thème lourdingue, mais interprétées par des acteurs irréprochables. Je les ai toujours préférées aux films français plus subtils et nuancés, mais où les personnages sont interprétés par des acteurs rigides au jeu théâtral, qui sape ces œuvres de toute crédibilité à mon avis (n’essayez pas de me prouver le contraire : cette opinion est purement subjective, j’éprouve un véritable dégoût pour le cinéma français, à quelques exceptions près, la seule qui me vienne à l’esprit étant Kaamelott d’Alexandre Astier… et ce n’est pas un film…).

Je n’ai pas vu passer les pages de Joyland. Non qu’il s’agisse d’un page turner, puisque l’intrigue y est réduite à presque rien, mais c’était de la lecture, de la vraie, et agréable. Pas une once d’ennui. Aucune scène, aucun paragraphe superflu. Joyland ressemble à un beau morceau de viande dégraissé, désossé avec amour par un boucher consciencieux : on ne va pas l’exposer dans un musée, mais ça fait un steak du tonnerre. Sans trop compter, je crois qu’il y a au plus une douzaine de personnages dans ce roman, qui donne pourtant l’impression d’un univers vivant et dynamique. Et… et…

Et nous voici arrivés au moment où je n’ai pas envie de jeter un coup d’œil derrière le rideau pour voir le magicien ranger ses accessoires. La magie du bouquin m’a suffi, je ne suis pas objectif du tout, et Doctor Sleep m’attend.

 

À lire si…

– Vous êtes fan de Stephen King.

– Vous avez envie de vous plonger dans la tête d’un personnage pendant un moment de sa vie.

– Vous aimez les histoires de parcs d’attraction et de fête foraine (c’est mon cas, alors que je ne mets quasiment jamais les pieds dans une fête foraine !).

 

 

À éviter si…

– Vous êtes allergique à Stephen King.

– Vous aimez les intrigues complexes où il se passe beaucoup de choses.

joyland 2

L’excellente couv’ américaine !

– Vous voulez lire un truc d’horreur bien gore…

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Une réflexion sur “Joyland – Stephen King

  1. J’en suis au chapitre 11 du livre audio, et c’est bien. Très bien. On se laisse vivre aux travers de l’été 73, grâce au génie de Stephen King, et au talent du donneur de voix… Mes trajets en voiture me tardent, du coup 🙂

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